Sur les ondes – nouvelle prospective

Version audio pour vous laisser bercer…

 

En 2015, la plupart des gens possédaient un smartphone auquel ils consacraient plusieurs heures par jour. Ils avaient toujours leurs amis au bout du fil, communiquaient avec leurs parents éloignés par textos et envoyaient des mails sans cesse. Ils se tenaient informés des dernières nouvelles en temps réel grâce aux fils d’actualité ininterrompus des media en ligne et ne perdaient rien de la vie de leurs connaissances grâce aux réseaux sociaux. Les réunions en chair et en os disparaissaient petit à petit au profit des visioconférences, les chats internet avaient remplacé les cafés pris en terrasse. Les informations arrivaient sans cesse et l’intelligence se mesurait à la capacité de les absorber, d’être au courant du dernier scoop. Les gens n’osaient même plus parler de ce qu’ils savaient de peur que ce soit déjà dépassé. Dans cette quête contre le temps et pour l’information, les gens ne dormaient presque plus et la vente de café et de stimulants n’avait jamais été aussi forte. Les productions peinaient à suivre et le prix de ces denrées croissait à mesure qu’elles devenaient plus rares et plus convoitées. Chacun vivait branché non à un mais à plusieurs écrans. La télévision fonctionnait 24 h sur 24 h, souvent en sourdine pour qu’on puisse écouter la radio simultanément. Toutes les dix secondes, retentissait sur les tablettes le signal sonore des notifications et sur les téléphones intelligents celui des textos. Les réseaux traditionnels étaient saturés et plus aucune chaîne ne parvenait à se créer. Pourtant, les media cherchaient toujours à occuper un peu plus d’espace, à entrer dans la vie des gens.

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Un inventeur eut l’idée un jour de transmettre des informations par ondes infrarouges. Sachant qu’aucun humain n’était assez évolué pour les percevoir et encore moins pour les décrypter, il eut comme deuxième idée d’inventer le décodeur qui allait avec. Comme toute nouvelle innovation, celle-ci n’était pas à la portée de toutes les bourses et les premiers à s’équiper furent bien sûr les plus aisés, en particulier ceux qui vivaient des revenus générés par la masse médiatique. On vit bientôt cette nouvelle catégorie d’humains se balader avec de drôles de lunettes dont les verres captaient les rayons infrarouges en-dessous des fréquences visibles. Et comme toute innovation, elle finit par se répandre par la convoitise qu’elle suscitait et la baisse des prix. Les classes moyennes accédèrent bientôt à ce service. On pouvait à présent capter plusieurs stations qui rivalisaient d’ingéniosité pour contrer leurs concurrents traditionnels. Le journalisme s’était mû en recherche du scoop à la seconde près. Les progrès technologiques accompagnaient voire devançaient cette course folle, l’accélérant sans cesse. Les câbles transmettaient les informations à des vitesses de plus en plus extrêmes. Bientôt, la vitesse de la lumière fut atteinte et même les meilleurs physiciens ne parvenaient pas à dépasser cette constante. Le monde admit bien vite qu’on ne pourrait certainement pas faire mieux de ce point de vue-là et on se concentra immédiatement sur une nouvelle invention qui commençait à faire fureur dans les milieux avertis. On parlait maintenant d’un récepteur à rayons X placé dans les os. L’opération était rapide, quelques minutes à peine, et encore, quelques minutes qu’il fallait bien vouloir investir, et donc perdre, dans l’espoir d’obtenir un avantage en termes d’informations sur les non-opérés. Le chirurgien ouvrait la jambe, découpait un bout de péroné, jugé l’os le moins exposé et le plus accessible parmi les 206 du corps humain, et le remplaçait par cette petite machine en titane dont la composition était étudiée pour reproduire la densité osseuse humaine. La question en vogue lors des innombrables échanges virtuels entre collègues, amis, frères et sœurs devint : « Alors, quand est-ce que tu te fais opérer ? » Ceux qui avaient le privilège de l’être déjà en tiraient une sorte d’aura que l’on ne saurait qualifier de naturelle.

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Il était maintenant devenu presque ringard d’arborer encore les anciennes lunettes à infrarouges, bien que beaucoup continuent à le faire car c’était tout de même mieux que de n’avoir rien de plus que les media sur écran. Ceux-ci peinaient à suivre la cadence. La radio subsistait car elle était facilement compatible avec tous les autres canaux d’information. Les journaux avaient disparu et seuls les Anciens pouvaient témoigner aux jeunes générations de cette antiquité. Les autres media périclitaient lentement mais sûrement. On les appelait déjà les extra-corporels, bien que l’infrarouge ne puisse techniquement se situer dans l’intra-corporel, le nec plus ultra. Les débats sur la question devenaient de plus en plus ardents mais furent bientôt remisés quand une jeune adolescente trouva une manière de capter les micro-ondes grâce à un implant neuro-électronique nanométrique. Si petit qu’il pouvait passer la barrière hémato-encéphalique qui protège le cerveau des substances sanguines néfastes. Une simple injection d’une minute à peine qu’on pouvait se faire soi-même suffisait. Les pharmacies furent dévalisées en quelques jours, et le gouvernement songea même à élargir les droits de vente aux grandes surfaces et aux enseignes de cosmétiques. Les rayons X furent abandonnés aussi vite qu’ils étaient apparus mais ceux qui en étaient équipés les conservèrent, leurs os d’origine n’ayant pas été conservés. Personne n’eut le temps de s’inquiéter des conséquences sur la santé de toutes ces transformations. Ce n’était pas le sujet. Ce n’était que ralentir le flux d’informations inutilement. L’important était de vivre ici et maintenant et le long terme ne faisait plus partie des dictionnaires. Cet instrument devenait d’ailleurs rare car le papier ne pouvait réagir avec la même réactivité. A peine décidait-on d’ajouter un mot et de réimprimer de nouveaux exemplaires qu’un autre apparaissait. Les épreuves n’arrivaient jamais jusqu’aux imprimeurs, qui n’avaient déjà plus beaucoup de travail en raison de la disparition des livres. A quoi servait de conserver des traces sur ce matériau si fragile et qu’on mettait si longtemps à produire quand les textes pouvaient arriver en direct de l’écran de l’écrivain sur celui du lecteur ? Lire était d’ailleurs une activité de snob car elle demandait beaucoup de temps. Il fallait beaucoup de moyens pour cela. Bientôt le contenu de ces ouvrages fut directement chargé dans les implants et les gens n’eurent plus besoin de lire pour en connaître la substance.

Aucun effort n’était plus nécessaire à l’ingestion de ces données. Le seul inconvénient était que le four à micro-ondes provoquait quelques perturbations et qu’il valait mieux débrancher le système le temps de réchauffer les plats préparés. Un inconvénient majeur dans cette société où le terme « cuisiner » était considéré comme appartenant à l’Ancien Français. On achetait simplement des barquettes de plats condensés pour qu’elles prennent le moins de place possible et qu’il suffisait de glisser dans le micro-onde. Un nouveau débat à ce propos était apparu et l’on cherchait déjà d’autres manières de réchauffer les aliments. Les rêves de pilules-repas refirent surface et agitèrent plus que jamais la communauté scientifique, car cela supprimerait de fait le temps de chauffe. Ces recherches cependant n’aboutissaient pas assez vite, ce qui laissait présager le déclin de l’implant neuronal. Le problème étant que personne n’était plus disposé à se faire ouvrir la jambe pour retourner à l’ancien système. Des cicatrices persistantes étaient d’ailleurs apparues sur les membres ouverts. A défaut, on vit apparaître un nouveau métier de service qui consistait à réchauffer les plats des autres et à les leur apporter. Cette activité étant bien sûr considérée comme de seconde zone était délaissée à la frange la plus populaire de la population. Ceux qui restaient de toute façon à la marge et n’auraient jamais les moyens de se payer l’injection.

 

La vie dura comme cela quelque temps, dans un relent d’insatisfaction. Mais bientôt un médecin passionné de géologie à ses heures (le mystère demeurait sur ce temps qu’il trouvait à consacrer à cette passion) développa un système beaucoup plus simple et qui avait le mérite de n’interagir avec aucun appareil artificiel. Les informations passaient par des ondes sismiques. L’émetteur faisait varier l’intensité de l’onde et les vibrations étaient captées par le récepteur. Il fut déterminé que le meilleur endroit pour positionner le récepteur était le cœur car il était très sensible aux changements de pulsion. Heureusement, les informations transmises ne nécessitaient pas de fortes différences de potentiel dans les ondes et le fonctionnement du cœur n’en était pas modifié ni atteint. On pensa d’abord opérer à cœur ouvert les volontaires mais ils furent si peu nombreux qu’on s’attela à trouver une méthode beaucoup moins invasive. La chirurgie avait certes fait des progrès depuis l’épisode des os à rayons X mais l’intérêt pour la santé avait redoublé dans la population. Après moult tentatives, on découvrit enfin un gaz capable d’introduire le procédé dans le système respiratoire par simple inhalation. Une fois les poumons passés, le sang l’entraînait jusqu’au cœur où il se logeait de lui-même. Ce système fonctionnait parfaitement et la transmission n’avait jamais été aussi précise et rapide. La facilité d’utilisation en fit le meilleur succès de tous les temps. Les plus modestes tentaient de respirer près des personnes déjà équipées sans réel résultat. La méthode se répandant, elle devint accessible au plus grand nombre et les associations caritatives firent même pression pour obtenir ce fameux gaz et le distribuer à tous. La plus grosse d’entre elles fut même déclarée d’utilité publique et à partir de ce moment, quiconque en faisait la demande recevait sa dose de gaz dans la journée. Un délai certes immense mais que l’on supportait très bien sachant qu’on accéderait enfin aux mêmes informations que le reste de la population sans devoir dépenser des sommes folles.

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Tout cela fonctionnait très bien et la chasse au scoop battait son plein. Un jour pourtant, eut lieu une énorme éruption volcanique au large de l’Atlantique. L’explosion sismique submergea instantanément tous les récepteurs, provoquant des crises cardiaques en série. Quelques miraculés survécurent parmi les plus pauvres, ceux à qui on n’avait octroyé qu’une faible dose de gaz. Mais il était clair maintenant que la prochaine éruption signerait la fin de l’humanité. Malheureusement cela arriva trop tôt pour que les meilleurs esprits de la planète, qui s’étaient penchés ardemment sur la question, ne trouvent une solution. Eux-mêmes s’étaient injecté le gaz, parmi les premiers souvent, mais ils ne purent rien quand le Vésuve reprit son activité.

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